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Stories · 8 min de lecture

Paris — Quand le café devint un art de vivre

Découvrez l’histoire du café à Paris, des premiers cafés du XVIIe siècle aux écrivains et artistes qui ont façonné l’art de vivre parisien.

Publié le · Mis à jour le

Paris — Quand le café devint un art de vivre

Paris — Quand le café devint un art de vivre

Il y a Paris.

Et puis il y a Paris vu depuis une table de café.

Ce n'est pas tout à fait la même ville.

La rue devient un spectacle.

Les passants deviennent des personnages.

Une conversation commence à la table voisine.

Quelqu'un ouvre un journal.

Deux personnes se retrouvent.

Une autre attend.

Et devant chacun...

une tasse.

Aujourd'hui, l'image semble avoir toujours existé.

Pourtant, il a fallu plusieurs siècles pour que le café devienne l'un des gestes les plus naturellement associés à Paris.

Voici cette histoire.


Avant la terrasse

Revenons au XVIIe siècle.

Le café est encore une nouveauté en Europe.

La boisson, dont l'histoire documentée passe notamment par le Yémen avant sa diffusion dans le monde ottoman et méditerranéen, commence à conquérir les cours et les grandes villes européennes.

Paris la découvre progressivement.

Nous sommes encore loin du petit noir commandé machinalement au comptoir.

Le café est nouveau.

Étranger.

Intrigant.

Presque exotique.

Et en 1669, un événement contribue à le faire connaître dans les milieux parisiens.


1669 — Un ambassadeur ottoman à Paris

Cette année-là, Soliman Aga, envoyé du sultan ottoman Mehmed IV auprès de Louis XIV, séjourne en France.

À l'occasion de ses réceptions, le café est servi selon des usages orientaux.

La boisson n'était pas totalement inconnue en France avant lui.

Il serait donc faux de dire qu'un seul homme « inventa » le café parisien.

Mais son ambassade participe à la curiosité que suscite alors cette boisson dans les milieux français.

Une graine venue de loin commence progressivement à entrer dans les habitudes européennes.

Paris va bientôt lui donner quelque chose de nouveau.

Une adresse.


1686

Quelques années plus tard apparaît un nom devenu presque indissociable de cette histoire :

Le Procope.

L'établissement est fondé en 1686 par Francesco Procopio dei Coltelli, originaire de Sicile.

Il s'installe rue des Fossés-Saint-Germain, à proximité de la Comédie-Française.

Le principe est alors remarquable.

On ne vient plus simplement chercher une boisson.

On peut s'installer.

Lire.

Rencontrer quelqu'un.

Observer.

Discuter.

Et boire son café servi à table.

Le café commence à changer de nature.

De boisson, il devient lieu.

Découvrir l'histoire du Procope


Une tasse en porcelaine

Le détail paraît aujourd'hui insignifiant.

Il ne l'était pas nécessairement à l'époque.

Le Procope associe notamment le café à un service plus raffiné, avec la boisson présentée dans des tasses en porcelaine.

Le café entre dans un décor.

Une lumière.

Du mobilier.

Des conversations.

Une certaine manière de recevoir.

Quelque chose que Maison ISMI trouve particulièrement intéressant se produit alors.

La manière de servir commence à compter presque autant que ce qui est servi.


Puis les écrivains arrivent

La proximité avec les lieux de théâtre joue un rôle important dans la fréquentation de l'établissement.

Auteurs.

Comédiens.

Écrivains.

Puis philosophes.

Au XVIIIe siècle, le café parisien devient progressivement l'un des espaces associés à la vie intellectuelle de la capitale.

Le Procope reste le symbole le plus célèbre de cette époque.

Parmi les noms historiquement associés à ses salles figurent notamment :

Voltaire.

Rousseau.

Diderot.

d'Alembert.

Le café et la conversation intellectuelle commencent à partager la même table.

Le Musée Carnavalet conserve aujourd'hui des représentations anciennes du Procope, témoignages matériels de cette place particulière dans l'histoire parisienne.

Voir les collections du Musée Carnavalet consacrées au Café Procope


Boire et penser

Pourquoi le café ?

Probablement parce que sa nature convient parfaitement à la conversation.

On peut le boire lentement.

Rester.

Lire.

Écrire.

Répondre.

Commander à nouveau.

Contrairement à un repas, il n'impose pas nécessairement un commencement et une fin très définis.

Une tasse crée simplement une parenthèse.

Et dans le Paris du XVIIIe siècle, certaines de ces parenthèses deviennent intellectuellement particulièrement animées.

Les cafés font partie des lieux dans lesquels circulent :

des nouvelles,

des textes,

des rumeurs,

des idées.

Le café ne produit évidemment pas les Lumières.

Mais il offre à certaines de leurs conversations un décor.


Une prudence nécessaire avec les légendes

Les cafés historiques attirent naturellement les belles histoires.

Et avec plusieurs siècles de recul, réalité et légende finissent parfois par se mélanger.

On raconte quantité d'anecdotes sur Voltaire, Diderot, Benjamin Franklin, Napoléon ou les révolutionnaires dans les cafés parisiens.

Certaines sont documentées.

D'autres ont été embellies par les générations suivantes.

Chez Maison ISMI, nous préférons conserver ce qui peut être raisonnablement établi.

Le Procope fut bien un établissement majeur de la sociabilité littéraire et intellectuelle parisienne.

Cela suffit largement.

L'histoire réelle est déjà exceptionnelle.


Puis Paris se couvre de cafés

Le modèle se développe.

Les établissements se multiplient.

Et progressivement, le café devient une composante du paysage urbain parisien.

Mais quelque chose change.

Le café n'appartient plus seulement aux philosophes.

Il appartient à Paris.

Employés.

Artistes.

Écrivains.

Voyageurs.

Commerçants.

Étudiants.

Amoureux.

Habitués.

Anonymes.

Chacun finit par trouver une raison différente de s'asseoir devant une tasse.


Le café des écrivains

Au XIXe puis au XXe siècle, l'histoire continue.

Les quartiers changent.

Les générations également.

Mais le lien entre café et création demeure.

Montmartre.

Montparnasse.

Saint-Germain-des-Prés.

De nouveaux établissements deviennent les lieux de rendez-vous d'écrivains, peintres, journalistes et artistes.

On écrit parfois sur les tables.

On discute d'un manuscrit.

On critique une œuvre.

On dessine.

On observe.

Certains viennent travailler.

D'autres viennent surtout être vus.

Parce qu'à Paris, le café possède également cette fonction merveilleusement ambiguë :

être seul sans être vraiment seul.


La terrasse

Puis vient l'image que le monde entier reconnaît.

Deux petites chaises.

Une table ronde.

Le trottoir.

Et Paris devant.

La terrasse.

Elle transforme complètement la relation entre le café et la ville.

À l'intérieur, on entre dans un établissement.

En terrasse, quelque chose d'autre se produit.

La ville entre dans le café.

On regarde les passants.

Les voitures.

La pluie.

Les gens pressés.

Ceux qui ne le sont pas.

On devient simultanément spectateur et personnage.

C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles la terrasse parisienne possède une telle puissance dans l'imaginaire collectif.

Elle transforme quelque chose d'ordinaire en scène.


Un café, s'il vous plaît

Et pourtant, le produit lui-même peut être extraordinairement simple.

Pas nécessairement une préparation spectaculaire.

Pas dix ingrédients.

Pas de cérémonie compliquée.

Parfois seulement :

« Un café, s'il vous plaît. »

Une petite tasse.

Un espresso.

Une soucoupe.

Parfois un verre d'eau.

Quelques minutes.

C'est tout.

Le luxe n'est pas nécessairement dans la complexité de la préparation.

Il peut être dans ce que l'on fait du moment.


Le café des rendez-vous

Il existe également un autre Paris.

Celui des rendez-vous.

« On se retrouve au café ? »

La phrase a quelque chose de parfait.

Elle n'engage pas trop.

Mais elle permet tout.

Un premier rendez-vous.

Une rencontre professionnelle.

Deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps.

Une conversation difficile.

Une idée à présenter.

Une nouvelle à annoncer.

Ou quelqu'un que l'on espère secrètement voir rester un peu plus longtemps.

Deux cafés arrivent.

La conversation commence.

Puis l'un des deux refroidit.

Parce que personne ne pense plus vraiment à boire.

Chez Maison ISMI, nous aimons beaucoup ces cafés-là.

Ceux que l'on oublie parce que la personne en face est devenue plus importante que la tasse.


Paris et le café du matin

Il existe aussi une version beaucoup moins romanesque.

Et peut-être encore plus parisienne.

Le matin.

Le comptoir.

Quelqu'un entre.

Commande.

Boit.

Repart.

Quelques minutes seulement.

Le café n'est plus un événement.

Il est devenu un rythme.

Et c'est peut-être la plus grande victoire culturelle d'une boisson autrefois considérée comme étrangère et nouvelle.

Elle finit par devenir tellement familière que l'on cesse de remarquer sa présence.


Une boisson venue d'ailleurs devenue image de Paris

C'est là que l'histoire devient particulièrement intéressante.

Le caféier ne pousse pas sur les boulevards parisiens.

Le café n'est pas originaire de France.

Son histoire commence bien loin de Paris.

En Afrique orientale.

Puis au Yémen.

Dans le monde arabe et ottoman.

Avant de traverser les routes commerciales vers l'Europe.

Et pourtant, plusieurs siècles plus tard, une tasse posée sur une petite table ronde suffit à évoquer immédiatement Paris.

La ville n'a pas inventé le café.

Elle a inventé l'une des manières de le vivre.


Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI

Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.

Floral.

Fruité.

Chocolaté.

Intense.

Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.

Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.

Paris nous enseigne autre chose.

Une culture du café ne se construit pas uniquement par la manière dont on torréfie ou prépare le grain.

Elle se construit également autour de la manière dont on l'intègre à la vie.

Lire.

Écrire.

Observer.

Débattre.

Travailler.

Séduire.

Attendre.

Retrouver quelqu'un.

Ou simplement regarder Paris passer.

C'est précisément la raison d'être des Stories de Maison ISMI :

Raconter ce qui existe derrière la tasse.


Entre deux rives

Cette histoire possède évidemment une place particulière chez Maison ISMI.

Dans d'autres Stories, nous racontons le café de l'autre côté de la Méditerranée.

La Dallah et l'hospitalité du café arabe.

Le café maure de Nédroma.

Les lieux de sociabilité en Algérie.

Puis nous traversons la mer.

Et nous arrivons ici.

Paris.

Les objets changent.

Les préparations changent.

Les décors changent.

Mais une chose demeure étrangement familière.

Quelqu'un prépare une tasse.

La pose devant quelqu'un d'autre.

Puis les deux commencent à parler.

Voilà peut-être le véritable territoire de Maison ISMI.

Pas choisir une rive contre l'autre.

Raconter ce qui se passe lorsque les histoires circulent entre elles.


Si vous buvez un jour un café à Paris

Ne cherchez pas nécessairement le meilleur.

Pour une fois, oubliez les classements.

Choisissez une terrasse.

Asseyez-vous face à la rue.

Commandez simplement ce que vous aimez.

Puis laissez votre téléphone quelques minutes.

Regardez.

Une personne attendra probablement quelqu'un.

Deux autres discuteront.

Un serveur traversera la terrasse.

Quelqu'un lira.

Quelqu'un travaillera.

Quelqu'un regardera exactement la même rue que vous sans y voir la même chose.

Puis prenez votre tasse.

Parce qu'à Paris, depuis plusieurs siècles, le café n'est jamais seulement ce qu'il y a dedans.

C'est aussi la place depuis laquelle on regarde le monde passer.


Sources


Découvrir toutes les Stories de Maison ISMI →

Là où tout a commencé — Aux origines du café →

La Dallah — Quand servir le café devient un geste d'hospitalité →

La chaleur brute du café maure de Nédroma →


Les Stories de Maison ISMI racontent les terres, les villes, les objets et les gestes qui ont façonné notre manière de vivre le café. Lorsque la légende et l'histoire se confondent, nous choisissons de distinguer ce qui est documenté de ce qui appartient au récit.

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