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Stories · 7 min de lecture

Dallah : histoire et rituel du café arabe

Découvrez la dallah et le rituel du café arabe, une tradition ancestrale où chaque service exprime l’hospitalité, le respect et la générosité.

Publié le · Mis à jour le

Dallah : histoire et rituel du café arabe

La Dallah : quand servir le café devient un geste d’hospitalité

Il existe des objets que l’on reconnaît immédiatement.

Un corps généreux.

Un long bec courbé.

Une poignée élancée.

Un couvercle surmonté d’une pointe caractéristique.

Posée au centre d’un majlis, tenue dans la main de celui qui reçoit ou simplement exposée dans une maison, la dallah raconte bien davantage que la préparation du café.

Car dans plusieurs sociétés de la péninsule Arabique, servir le café n’est pas seulement désaltérer un invité.

C’est l’accueillir.

L’honorer.

L’écouter.

Et parfois, ouvrir avec lui un espace de dialogue.

Voici l’histoire d’un objet devenu indissociable de cette tradition.


Qu’est-ce qu’une dallah ?

La dallah est une cafetière traditionnelle étroitement associée à la préparation et surtout au service du café arabe, ou qahwa.

Sa silhouette est immédiatement reconnaissable.

Un récipient généralement métallique.

Un ventre arrondi.

Un bec long et incurvé.

Une poignée permettant de la tenir d’une seule main.

Et cette forme particulière qui lui donne presque l’allure d’un objet cérémoniel.

Il existe différentes formes de dallahs selon les régions, les époques et les artisans.

Certaines sont relativement simples.

D’autres sont travaillées avec beaucoup plus de sophistication.

Mais leur importance ne vient pas uniquement de leur apparence.

La dallah est liée à un geste.

Celui de servir.


Une histoire dont les origines exactes restent difficiles à dater

Comme pour beaucoup d’objets traditionnels utilisés pendant plusieurs siècles, il serait séduisant de donner à la dallah une date de naissance précise.

L’Histoire est moins simple.

Les formes, les techniques de fabrication et les usages ont évolué au fil du temps et selon les régions.

Il est donc préférable de ne pas attribuer à la dallah une origine unique ou une date d’invention que les sources historiques ne permettent pas d’établir avec certitude.

Ce que nous savons en revanche, c’est que son histoire est profondément liée au développement de la culture du café dans la péninsule Arabique.

À mesure que le café devient une boisson sociale et que son service acquiert ses propres codes, les objets qui l’accompagnent prennent eux aussi une importance particulière.

Parmi eux :

la dallah.


Quand la cafetière devient un symbole

Une dallah pourrait n’être qu’un récipient.

Mais les traditions lui ont donné une autre dimension.

Dans les cultures où le café arabe occupe une place importante, elle est devenue associée à plusieurs valeurs :

l’hospitalité.

la générosité.

le respect.

l’accueil.

la transmission.

L’UNESCO reconnaît le café arabe comme un symbole de générosité et souligne l’importance des traditions d’hospitalité qui entourent sa préparation et son service.

Le café est présent dans la vie quotidienne, mais également lors de mariages, de rassemblements et de majalis, ces espaces de rencontre où l’on échange, discute et reçoit.

Dans cet univers, la dallah ne se contente donc pas de contenir le café.

Elle participe à l’accueil de celui qui entre.


Avant de servir, il fallait préparer

Traditionnellement, la préparation du café pouvait être réalisée devant les invités.

Les grains étaient sélectionnés.

Puis légèrement torréfiés dans un récipient placé sur le feu.

Ils étaient ensuite pilés dans un mortier.

Le café moulu était mélangé à l’eau puis chauffé.

Selon les régions et les traditions familiales, différentes épices ou aromates pouvaient également intervenir dans la préparation.

Cardamome, safran, clou de girofle ou eau de rose peuvent notamment apparaître dans certaines pratiques. Les recettes ne sont cependant pas uniformes : elles varient selon les pays, les régions et les familles.

L’UNESCO documente également l’utilisation de plusieurs récipients dans la préparation traditionnelle : le café peut être préparé dans une grande cafetière avant d’être transféré dans une plus petite destinée au service.

Puis vient le moment essentiel.

Servir.


La main droite

Le geste possède ses règles.

Traditionnellement, le café est versé avec la main droite.

La dallah est tenue par celui qui sert.

De l’autre côté se trouve une petite tasse sans anse, souvent appelée finjan ou finjān.

La tasse n’est pas nécessairement remplie jusqu’au bord.

Au contraire.

Dans certaines traditions documentées par l’UNESCO, elle n’est remplie qu’en partie.

Ce détail permet de servir plusieurs fois.

Car ici, la quantité n’est pas nécessairement le cœur du geste.

C’est l’attention portée à l’invité qui compte.


Qui reçoit la première tasse ?

Même l’ordre du service possède une signification.

Les pratiques peuvent varier selon les communautés, mais certaines règles d’étiquette sont largement documentées.

Les invités et les personnes âgées occupent une place particulière.

Dans la description traditionnelle ayant accompagné l’inscription du café arabe au patrimoine culturel immatériel, l’UNESCO mentionne notamment le service prioritaire de l’invité le plus important ou le plus âgé.

Servir devient ainsi une manière de reconnaître la personne qui se trouve devant soi.

Avant même qu’un mot soit prononcé.


Et si l’invité n’en veut plus ?

Voici probablement l’un des gestes les plus fascinants de cette tradition.

Vous venez de terminer votre café.

Celui qui tient la dallah est prêt à vous resservir.

Comment lui indiquer que vous avez terminé ?

Pas nécessairement avec des mots.

Vous secouez légèrement votre tasse.

Ce mouvement indique traditionnellement à celui qui sert que vous ne souhaitez plus de café.

Sans ce geste, une nouvelle petite quantité peut être versée.

Un mouvement minuscule.

Mais compris de part et d’autre.

Une conversation silencieuse entre celui qui reçoit et celui qui sert.

L’UNESCO documente encore aujourd’hui cette coutume parmi les règles d’étiquette associées au café arabe.


Le café comme langage de l’hospitalité

Voilà ce qui rend cette tradition particulièrement intéressante.

La boisson compte.

Mais la manière de la servir compte tout autant.

Préparer le café devant quelqu’un demande du temps.

Lui tendre la tasse demande de l’attention.

Le resservir signifie que sa présence est toujours accueillie.

Observer son geste pour savoir quand s’arrêter signifie que l’on prête attention à lui.

Le café devient alors une forme de langage.

Une manière de dire :

Bienvenue.

Vous êtes ici chez vous.

Prenons le temps.


Autour de la dallah, le majlis

Pour comprendre pleinement cette culture, il faut également comprendre le lieu dans lequel le café peut être servi.

Le majlis est un espace de rencontre et de réception.

On y accueille.

On y échange des nouvelles.

On y discute.

On y écoute.

Dans certains contextes, ces rassemblements peuvent également accompagner des discussions importantes, des réconciliations ou la résolution de différends.

Le café participe à cet environnement.

L’UNESCO souligne d’ailleurs que le café arabe accompagne les conversations, les échanges de souvenirs et parfois la récitation de poésie.

Une dallah posée dans un majlis n’est donc pas simplement un accessoire décoratif.

Elle appartient à une culture de la présence et de la conversation.


Une tradition transmise plutôt qu’enseignée

Pendant longtemps, personne n’avait besoin d’un manuel pour apprendre ces gestes.

On regardait.

Puis on reproduisait.

Les plus jeunes observaient leurs parents et leurs aînés.

Comment sélectionner les grains.

Comment préparer le café.

Comment tenir la dallah.

Qui servir en premier.

Combien verser.

Quand resservir.

Quand s’arrêter.

L’UNESCO souligne précisément cette transmission informelle de génération en génération.

Ce détail est essentiel.

Parce qu’un patrimoine ne survit pas uniquement dans les musées.

Il survit lorsqu’un geste continue d’être accompli.


La dallah, un objet devenu emblème

Avec le temps, la silhouette de la dallah a dépassé son usage quotidien.

Elle est devenue un symbole visuel immédiatement associé à l’hospitalité et à la générosité dans le Golfe et la péninsule Arabique.

Sa forme apparaît dans l’artisanat, les représentations culturelles et l’espace public.

L’UNESCO possède d’ailleurs dans ses archives photographiques une image particulièrement révélatrice : un monument représentant une dallah à Abu Dhabi, présenté comme un symbole de générosité dans le Golfe.

L’objet utilitaire est devenu emblème.

Parce que sa forme rappelle immédiatement le geste auquel il appartient :

servir l’autre.


Un patrimoine reconnu par l’UNESCO

En 2015, le café arabe et les traditions de générosité qui l’accompagnent ont été inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité pour les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Oman et le Qatar.

En 2024, l’inscription a été élargie pour intégrer également la Jordanie.

Ce que l’UNESCO protège ici n’est pas une simple recette.

C’est tout ce qui existe autour.

Les gestes.

Les règles d’hospitalité.

Les connaissances.

Les objets.

Les rencontres.

Et surtout leur transmission entre les générations.


Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI

Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.

Floral.

Fruité.

Chocolaté.

Intense.

Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.

Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.

La dallah nous rappelle quelque chose d’essentiel :

la manière dont nous servons un café peut avoir autant de sens que le café lui-même.

Comprendre ces traditions change légèrement la manière dont on regarde une tasse.

Et peut-être même la manière dont on la partage.

C’est précisément la raison d’être des Stories de Maison ISMI :

Raconter ce qui existe derrière la tasse.


Ce que la dallah nous raconte encore

À première vue, ce n’est qu’une cafetière.

Mais regardez-la autrement.

Son bec raconte le service.

Sa poignée raconte celui qui reçoit.

La petite tasse raconte l’invité.

Le geste de la main raconte le respect.

Et le café qui passe de l’un à l’autre raconte quelque chose d’encore plus ancien.

L’hospitalité.

Dans un monde où le café peut désormais être préparé en quelques secondes et emporté sans même s’asseoir, la dallah nous rappelle une autre manière de boire.

Préparer.

Servir.

Attendre.

Échanger.

Puis resservir.

Parce que parfois, la véritable valeur d’un café ne se trouve pas seulement dans ce que contient la tasse.

Elle se trouve dans la personne avec qui nous la partageons.


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Sources et pour aller plus loin

Pour approfondir la tradition du café arabe, ses règles d’hospitalité et la place de la dallah :


Les Stories de Maison ISMI racontent les terres, les objets, les peuples, les traditions et les gestes qui ont façonné notre manière de préparer et de partager le café.

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