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Café de spécialité · Expédition généralement sous 48 h ouvrées

Stories · 8 min de lecture

Atlas des Rituels

Turquie · Fait documenté

Café turc. Une tasse, quarante ans de mémoire

Préparé lentement dans un cezve et servi dans de petites tasses, le café turc raconte près de cinq siècles de rencontres, d’hospitalité et de transmission.

Publié le · Mis à jour le

Café turc. Une tasse, quarante ans de mémoire

Café turc — Une tasse, quarante ans de mémoire

Il existe en Turquie un proverbe dont l'idée pourrait presque résumer à elle seule toute une culture du café :

« Une tasse de café laisse quarante ans de souvenir. »

La formulation varie selon les traductions.

Mais son sens demeure.

Une tasse offerte ne vaut pas seulement pour ce qu'elle contient.

Elle crée un lien.

Et ce lien mérite d'être gardé en mémoire.

Pour comprendre le café turc, il faut donc commencer par oublier quelques instants la boisson.

Parce qu'ici, le café raconte surtout ce qui se passe entre celui qui le prépare et celui qui le reçoit.


Le café n'est pas né en Turquie

Commençons par une précision essentielle.

Le café n'est pas originaire de Turquie.

Le Coffea arabica trouve ses origines naturelles en Afrique orientale, notamment en Éthiopie.

L'histoire documentée de la boisson nous conduit ensuite vers le Yémen, où sa consommation et sa culture prennent une importance particulière à partir du XVe siècle.

Puis le café voyage.

Il traverse la mer Rouge.

Circule dans le monde arabe.

Et finit par atteindre le territoire ottoman.

Découvrir les origines du café — UNESCO

Lire notre Story sur les origines du café →


Istanbul, XVIe siècle

Au XVIe siècle, le café s'installe progressivement dans la capitale de l'Empire ottoman.

Istanbul alors Constantinople dans de nombreuses sources européennes devient l'un des grands lieux de développement de sa culture.

Et quelque chose d'important se produit.

Le café quitte progressivement la seule sphère de la préparation domestique.

Il entre dans la ville.

Des établissements consacrés au café apparaissent.

Les kahvehane deviennent des espaces où l'on peut s'asseoir, discuter, écouter, jouer et échanger des nouvelles.

La boisson commence à créer son propre lieu social.


Le café devient un endroit

C'est un basculement considérable.

On ne dit plus seulement :

« boire du café ».

Le café devient également l'endroit où l'on va.

Des personnes s'y rencontrent.

Des conversations commencent.

Des histoires circulent.

Des jeux sont pratiqués.

Des nouvelles sont échangées.

La culture ottomane du café participe ainsi à quelque chose que nous retrouvons ensuite dans de nombreuses régions du monde :

la transformation d'une boisson en espace de sociabilité.

Quelques siècles plus tard, Paris connaîtra à son tour ses cafés littéraires.

Le Maghreb développera ses cafés maures.

Les formes seront différentes.

Mais l'idée restera étrangement familière.

Une tasse.

Une table.

Du temps.

Et quelqu'un en face.

Lire notre Story sur les cafés parisiens →


Le cezve

Pourtant, le café turc ne se définit pas seulement par son histoire sociale.

Il possède également une méthode de préparation immédiatement reconnaissable.

Son objet emblématique est le cezve.

Un petit récipient à long manche, traditionnellement fabriqué notamment en cuivre ou en laiton.

Le café est moulu extrêmement finement.

Bien plus finement que pour un espresso classique.

Il est mélangé à l'eau dans le cezve.

Selon les habitudes, du sucre peut être ajouté avant la préparation.

Puis le mélange est chauffé.

L'objectif est notamment de faire apparaître à la surface une mousse caractéristique.

Le café est ensuite versé directement dans de petites tasses.


Ici, on ne filtre pas

C'est l'une des particularités fondamentales de cette méthode.

Le café turc n'est pas filtré après sa préparation.

La mouture extrêmement fine est versée avec la boisson.

Une fois dans la tasse, les particules descendent progressivement vers le fond.

Il faut donc laisser le marc se déposer.

Puis boire doucement.

Et savoir s'arrêter.

Parce que les dernières gouttes appartiennent presque davantage au marc qu'au café.

Cette caractéristique donnera naissance à une autre tradition.

Nous y reviendrons.


Une préparation lente

Dans un monde obsédé par la rapidité, le café turc possède quelque chose de presque provocateur.

Il demande de l'attention.

On mesure.

On mélange.

On chauffe.

On observe la mousse.

On retire au bon moment.

On sert.

Ce n'est pas une capsule que l'on lance avant de regarder son téléphone.

La préparation fait déjà partie du moment.

C'est précisément cette dimension que l'UNESCO met en avant lorsqu'elle décrit le café turc comme une culture reposant sur des savoir-faire particuliers de préparation et de service transmis entre générations.

UNESCO — La culture et la tradition du café turc


2013 — Un patrimoine culturel immatériel

En 2013, la culture et la tradition du café turc sont inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

Et le choix des mots est important.

L'UNESCO ne protège pas simplement une recette.

Elle reconnaît une culture et une tradition.

Parce qu'autour de cette petite tasse existent :

des gestes,

des objets,

des rencontres,

des cérémonies,

des conversations,

une transmission.

Le café devient alors patrimoine non parce qu'il est ancien...

mais parce que des personnes continuent à lui donner un sens.


Recevoir quelqu'un

L'UNESCO souligne particulièrement le lien entre le café turc et l'hospitalité.

Préparer un café pour quelqu'un est une manière de recevoir.

La tasse est petite.

Le geste, lui, peut être immense.

Le café accompagne les visites.

Les conversations.

Les moments sociaux.

Les célébrations.

On peut le servir accompagné d'un verre d'eau et parfois d'une douceur.

Une nouvelle fois, nous retrouvons quelque chose que Maison ISMI observe dans de nombreuses cultures du café :

offrir une tasse signifie rarement seulement offrir à boire.

Cela signifie également :

vous avez une place ici.


Le café des fiançailles

Et puis il existe une tradition particulièrement célèbre.

Le café turc intervient dans les coutumes entourant les demandes en mariage et les fiançailles.

Lors de la rencontre entre les familles, la future mariée peut préparer et servir le café aux invités.

Une pratique contemporaine très connue consiste à préparer pour le prétendant un café contenant du sel à la place du sucre, parfois en quantité généreuse.

Il doit alors le boire sans manifester son mécontentement.

La scène est aujourd'hui souvent racontée avec humour comme une sorte de petit test de patience ou de caractère.

Mais il faut être précis.

La présence du café dans les rituels matrimoniaux est ancienne et documentée.

Les interprétations précises du café salé et les formes qu'il prend aujourd'hui ont, elles, évolué avec le temps.

Une tradition vivante n'est jamais complètement immobile.


Une tasse avant une nouvelle histoire

L'image reste magnifique.

Deux familles se rencontrent.

Un couple s'apprête peut-être à construire quelque chose.

Des décisions importantes vont être prises.

Et au milieu de tout cela...

du café.

Encore une fois.

Comme s'il possédait cette étrange capacité à apparaître lorsque les relations humaines deviennent importantes.

Maison ISMI connaît bien cette idée.

Parce que notre propre histoire a commencé de manière assez similaire :

une rencontre,

des conversations,

un projet,

et le café qui était déjà là.

Lire l'histoire de Maison ISMI →


Lorsque la tasse est terminée

Mais l'histoire du café turc ne s'arrête pas lorsque l'on finit de boire.

Parfois, c'est précisément là qu'une autre commence.

Puisque le café n'est pas filtré, une couche de marc reste au fond de la tasse.

Une tradition populaire consiste alors à retourner la tasse sur sa soucoupe.

On attend.

Le marc descend le long des parois.

Puis la tasse est relevée.

Les formes laissées par le café peuvent alors être interprétées.

C'est la lecture du marc, souvent appelée tasseographie dans un vocabulaire plus général.


Lire l'avenir dans le café ?

Maison ISMI doit ici distinguer clairement tradition et réalité.

Les formes laissées par le marc ne permettent évidemment pas de prédire scientifiquement l'avenir.

Mais ce n'est pas ce qui rend la pratique culturellement intéressante.

Ce qui nous intéresse est le rituel social.

Une personne regarde.

Interprète une forme.

Imagine un voyage.

Une rencontre.

Une nouvelle.

Les autres écoutent.

Rient.

Commentent.

Racontent.

Le café terminé continue ainsi à produire quelque chose :

une conversation.

L'UNESCO mentionne d'ailleurs explicitement la lecture du marc parmi les traditions associées au café turc.

UNESCO — Culture et tradition du café turc


Une tasse qui voyage

L'histoire devient encore plus intéressante lorsque l'on prend de la distance.

Le café arrive dans le monde ottoman après avoir voyagé depuis l'Afrique orientale et le Yémen.

L'Empire ottoman contribue ensuite fortement à diffuser une culture du café dans les territoires qu'il relie.

Les Balkans.

La Méditerranée orientale.

Le Moyen-Orient.

Et au-delà.

Les préparations évoluent.

Les noms changent.

Les identités nationales se construisent.

Aujourd'hui encore, plusieurs pays possèdent des préparations très proches réalisées dans un petit récipient à long manche.

Et chacune appartient désormais à sa propre histoire culturelle.

Il serait donc réducteur de prétendre qu'une seule tradition résume toutes les autres.

Le café voyage.

Puis chaque peuple lui donne une nouvelle maison.


Quarante ans

Revenons alors à notre proverbe.

Une tasse de café laisse quarante ans de souvenir.

Pourquoi quarante ?

Il ne faut probablement pas chercher une mesure exacte.

Ce qui compte est l'idée.

Une tasse peut être consommée en quelques minutes.

Mais le geste de celui qui vous l'a offerte peut rester beaucoup plus longtemps.

C'est une conception du café que Maison ISMI partage profondément.

Le produit disparaît.

Le souvenir reste.


Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI

Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.

Floral.

Fruité.

Chocolaté.

Intense.

Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.

Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.

Le café turc nous montre jusqu'où cette idée peut aller.

Une mouture extrêmement fine.

Un cezve.

Une mousse.

Une petite tasse.

Pris séparément, ce ne sont que des éléments techniques.

Ensemble, transmis pendant des générations, ils deviennent une culture.

Parce qu'autour d'eux se trouvent :

l'hospitalité,

la conversation,

la famille,

les rencontres,

les fiançailles,

la mémoire.

C'est précisément la raison d'être des Stories de Maison ISMI :

Raconter ce qui existe derrière la tasse.


De la Dallah au cezve

Nous aimons particulièrement rapprocher cette Story d'une autre.

Celle de la Dallah.

Les objets sont différents.

Les préparations également.

Mais observez ce qu'ils racontent.

Avec la Dallah, servir le café devient un langage de générosité et d'hospitalité.

Avec le cezve, préparer et partager le café devient lui aussi un geste social transmis.

Deux objets.

Deux traditions.

Des histoires différentes.

Mais la même intuition :

une tasse peut être beaucoup plus qu'une boisson.

Découvrir l'histoire de la Dallah →


Si vous préparez un jour un café turc

Ne commencez pas par chercher à le boire rapidement.

Regardez plutôt le geste.

La finesse de la mouture.

Le café qui chauffe dans le cezve.

La mousse qui apparaît.

La petite tasse.

Le marc qui descend lentement vers le fond.

Puis asseyez-vous.

Servez quelqu'un.

Parlez.

Et lorsque la tasse sera vide, ne vous préoccupez pas trop de savoir si le marc peut réellement prédire votre avenir.

Regardez plutôt la personne devant vous.

Parce que si le proverbe turc dit vrai sur un point...

ce n'est peut-être pas l'avenir que le café sait raconter.

C'est la mémoire qu'il laisse derrière lui.


Sources


Découvrir toutes les Stories de Maison ISMI →

Là où tout a commencé — Aux origines du café →

La Dallah — Quand servir le café devient un geste d'hospitalité →

Paris — Quand le café devint un art de vivre →


Les Stories de Maison ISMI racontent les terres, les villes, les objets et les gestes qui ont façonné notre manière de vivre le café. Nous distinguons les faits historiques documentés des légendes et des traditions populaires afin de préserver ce qui rend chacune de ces histoires précieuse.

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