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Quand l’Europe se méfiait de cette boisson venue d’Orient
Avant de conquérir l’Europe, le café était une boisson venue du monde musulman, observée avec curiosité et parfois méfiance. Voici son histoire réelle.
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Quand l'Europe se méfiait de cette boisson venue d'Orient
Aujourd'hui, l'Europe boit du café comme si elle l'avait toujours connu.
Espresso italien.
Café crème parisien.
Café viennois.
Terrasses.
Comptoirs.
Porcelaines.
Machines à espresso.
Le café semble presque naturellement européen.
Il ne l'est pas.
Bien avant d'entrer dans les cafés de Venise, Paris, Londres ou Vienne, cette boisson avait déjà parcouru un monde immense.
Éthiopie.
Yémen.
La Mecque.
Le Caire.
Istanbul.
Lorsque les Européens commencent véritablement à la découvrir, ils ne découvrent donc pas simplement une nouvelle boisson.
Ils découvrent une pratique venue d'un autre monde culturel.
Et certains ne savent pas très bien quoi en penser.
Avant l'Europe, il y avait déjà une culture du café
Il faut commencer par remettre l'histoire dans le bon ordre.
Le caféier Arabica trouve ses origines en Afrique de l'Est.
Mais c'est au Yémen que l'histoire de la boisson prend une importance déterminante.
Au XVe siècle, le café est notamment associé aux communautés soufies, qui l'utilisent pour rester éveillées pendant leurs pratiques nocturnes.
Puis la consommation se diffuse.
La Mecque.
Le Caire.
Damas.
Istanbul.
Des établissements consacrés au café apparaissent.
On y boit.
On parle.
On écoute.
On échange des nouvelles.
On fait parfois des affaires.
Lorsque l'Europe commence à regarder sérieusement cette étrange boisson noire, une véritable culture du café existe donc déjà dans le monde musulman.
Des Européens observent une étrange boisson noire
Parmi les premiers témoignages européens connus figure celui de Leonhart Rauwolf.
Médecin et botaniste allemand, il voyage au Proche-Orient entre 1573 et 1575.
Son récit est publié en 1582.
Le British Museum le présente comme le premier voyageur européen connu à mentionner le café dans un récit publié.
D'autres voyageurs suivront.
Diplomates.
Marchands.
Médecins.
Savants.
Ils observent cette boisson consommée dans les territoires ottomans.
Et ils rapportent leurs observations en Europe.
Le café entre d'abord dans l'imaginaire européen par les récits de ceux qui l'ont vu ailleurs.
« Ils perdent leur temps »
Et c'est ici que l'histoire devient particulièrement intéressante.
Le British Museum souligne que certains voyageurs européens se plaignaient du temps considérable que les populations locales semblaient consacrer à cette boisson noire.
À leurs yeux, tout ce temps aurait pu être utilisé autrement.
Ils regardaient des hommes assis autour d'un café.
Et voyaient parfois :
du temps perdu.
Ce qu'ils ne comprenaient pas encore complètement, explique le British Museum, c'est que ces moments remplissaient plusieurs fonctions.
Créer des relations sociales.
Partager des informations.
Faire des affaires.
Résoudre certains conflits.
Autrement dit :
ils observaient le café.
Mais ils ne comprenaient pas encore le café.
Ce n'était jamais seulement une boisson
Voilà probablement l'une des grandes erreurs que l'on peut faire lorsque l'on observe une tradition étrangère.
Regarder l'objet.
Et manquer le geste.
Le café n'était pas uniquement cette étrange boisson chaude et sombre.
Il existait autour de lui tout un espace social.
Dans l'Empire ottoman, les cafés deviennent des lieux importants de rencontre et d'échange culturel.
Le Metropolitan Museum of Art rappelle même que, dans certaines villes provinciales ottomanes, les cafés et les maisons aristocratiques devinrent de nouveaux centres d'échanges culturels.
On ne venait donc pas seulement y chercher de la caféine.
On venait y chercher :
des nouvelles,
des conversations,
des relations,
des informations,
et du temps passé avec les autres.
Et pourtant, l'Europe était fascinée
La méfiance ne raconte donc qu'une partie de l'histoire.
Car simultanément, l'Europe regarde vers l'Orient avec fascination.
Venise joue ici un rôle particulièrement intéressant.
Pendant des siècles, la République entretient d'intenses relations commerciales avec le monde islamique.
Le Metropolitan Museum of Art décrit Venise comme l'une des principales interfaces entre l'Europe chrétienne et les civilisations musulmanes du Proche-Orient.
Les navires rapportent :
des épices,
des textiles,
du verre,
des objets métalliques,
des manuscrits,
des idées,
des formes artistiques.
Et dans cette circulation des marchandises et des cultures arrive également le café.
La Méditerranée n'est pas une frontière étanche.
Elle est une route.
Une boisson étrangère devient désirable
C'est l'un des paradoxes les plus fascinants de cette histoire.
Ce qui semble étranger peut rapidement devenir désirable.
Puis élégant.
Puis à la mode.
Puis presque indispensable.
La France offre un exemple spectaculaire.
En 1669, l'envoyé ottoman Süleyman Ağa est reçu à la cour de Louis XIV.
Le Metropolitan Museum of Art indique que sa présence contribue à rendre la consommation de café à la mode en France.
Et le détail est délicieux.
Le café n'arrive pas seul.
Il arrive avec une mise en scène.
Des manières de servir.
Des objets.
Une esthétique.
Une image de l'Orient.
L'Europe ne tombe donc pas uniquement sous le charme d'une boisson.
Elle tombe également sous le charme de tout ce qui l'entoure.
Paris veut boire comme Istanbul
La transformation est rapide.
Le Metropolitan Museum indique qu'en France, le café devient populaire dans différentes couches de la société.
On le retrouve dans les salons.
Puis dans les cafés.
Et sa préparation conserve encore directement la trace de son origine.
Le café est moulu très finement et préparé à la manière turque.
Avant que la France ne crée sa propre culture du café, elle commence donc par apprendre celle des autres.
C'est une mécanique que l'histoire répétera souvent.
Découvrir.
Observer.
Importer.
Adapter.
Puis, parfois...
oublier d'où cela venait.
Quand l'étranger devient familier
Quelques générations passent.
Les objets changent.
Les Européens créent leurs propres cafetières.
Le service évolue.
Les établissements se multiplient.
Venise développe ses cafés.
Paris développe les siens.
Londres connaît l'explosion des coffee houses.
Vienne construit à son tour une culture particulière autour de la boisson.
Progressivement, quelque chose d'étrange se produit.
Le café cesse de paraître étranger.
Il devient européen.
Ou plus exactement :
les Européens construisent leurs propres cultures du café.
Mais le café n'a jamais changé d'origine
C'est ici que notre mémoire collective peut devenir trompeuse.
Lorsque quelque chose fait partie de notre quotidien depuis plusieurs siècles, nous finissons facilement par croire qu'il a toujours été là.
L'espresso semble italien.
Le café viennois semble autrichien.
La terrasse semble parisienne.
Et chacun de ces héritages est réel.
Mais ils constituent des chapitres relativement récents d'une histoire beaucoup plus longue.
Avant Milan, il y eut Istanbul.
Avant Paris, il y eut Le Caire.
Avant Vienne, il y eut Moka.
Et derrière Moka...
les hauts plateaux où pousse le café.
La légende du « baptême du café »
Il existe ici une histoire célèbre qu'il faut traiter avec prudence.
Selon une légende largement répétée, certains ecclésiastiques européens auraient demandé au pape Clément VIII d'interdire le café parce qu'il était associé au monde musulman.
Le pape aurait goûté la boisson, l'aurait trouvée délicieuse et aurait décidé de la « baptiser ».
L'histoire est formidable.
Peut-être trop formidable.
Les preuves historiques permettant d'établir cet épisode comme un fait sont insuffisantes.
Maison ISMI ne la présentera donc pas comme une vérité.
Elle appartient à cette catégorie d'histoires que le café accumule depuis des siècles :
une légende séduisante,
répétée encore et encore,
jusqu'à ressembler à un fait.
L'histoire réelle n'a pas besoin d'elle pour être extraordinaire.
Car la véritable histoire est meilleure
Une boisson cultivée en Afrique.
Développée et diffusée depuis le Yémen.
Adoptée dans le monde musulman.
Transportée par les routes commerciales.
Observée par des voyageurs européens.
Jugée étrange par certains.
Désirable pour d'autres.
Importée.
Imitée.
Adaptée.
Puis intégrée si profondément dans les sociétés européennes qu'elles finiront par créer certaines des cultures caféières les plus célèbres du monde.
Voilà ce qui s'est réellement produit.
Et c'est déjà immense.
L'Orient que l'Europe adopte
L'histoire du café raconte quelque chose qui dépasse largement la tasse.
Les cultures ne vivent jamais complètement séparées.
Elles se regardent.
Elles commercent.
Elles se méfient parfois.
Elles s'imitent.
Elles empruntent.
Elles transforment.
Venise en fournit un exemple remarquable.
Le Metropolitan Museum of Art montre combien les contacts entre Venise et le monde islamique ont influencé les arts, les objets et les goûts vénitiens pendant des siècles.
Le café appartient à cette histoire beaucoup plus vaste des échanges méditerranéens.
Entre les deux rives, les choses ont toujours circulé.
L'ironie de l'histoire
Et voilà peut-être le plus beau retournement.
Certains voyageurs européens avaient observé des hommes passer des heures autour d'une boisson noire et s'étaient demandé pourquoi ils perdaient autant de temps.
Quelques siècles plus tard...
Paris possède ses terrasses.
Rome ses comptoirs.
Vienne ses Kaffeehäuser.
Londres ses coffee shops.
Et des millions d'Européens prononcent chaque jour une phrase qui aurait parfaitement trouvé sa place dans une ville ottomane :
« On se retrouve autour d'un café ? »
Finalement, l'Europe n'a pas seulement adopté la boisson.
Elle a aussi adopté une partie de ce temps qu'elle trouvait autrefois si étrange.
Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI
Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.
Floral.
Fruité.
Chocolaté.
Intense.
Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.
Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.
Et l'histoire européenne du café nous rappelle quelque chose d'essentiel.
Ce que nous considérons aujourd'hui comme familier a parfois commencé par être étranger.
Une boisson traverse une mer.
Un geste traverse une frontière.
Une culture observe une autre culture.
Puis quelque chose de nouveau apparaît.
Ce n'est pas l'effacement d'une rive au profit de l'autre.
C'est précisément ce qui se produit entre les deux.
Une tasse entre deux rives
Voilà pourquoi cette histoire résonne particulièrement avec Maison ISMI.
Le café n'a jamais appartenu à une seule ville.
À une seule religion.
À une seule langue.
À une seule civilisation.
Son histoire est faite de passages.
Afrique de l'Est.
Arabie.
Monde ottoman.
Méditerranée.
Europe.
Amériques.
Puis le monde entier.
Chaque société l'a reçu.
Chaque société l'a transformé.
Et chacune a laissé quelque chose dans la tasse.
Aujourd'hui encore, lorsque nous préparons un café, nous reproduisons parfois sans le savoir des gestes qui ont voyagé pendant plusieurs siècles.
Une tasse peut sembler petite.
Son histoire, elle, traverse le monde.
Maison ISMI
Entre deux rives, une même histoire à partager.
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