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Stories · 8 min de lecture
Café à Venise — L’histoire d’une passion méditerranéenne
Découvrez l’histoire du café à Venise, des routes commerciales méditerranéennes aux premières botteghe et au mythique Caffè Florian ouvert en 1720.
Publié le · Mis à jour le

Venise — Quand le café traversa la Méditerranée
Avant l'espresso.
Avant les comptoirs italiens.
Avant que commander « un caffè » semble presque indissociable de l'Italie...
le café venait d'ailleurs.
Pour comprendre comment il entra progressivement dans les habitudes européennes, il faut regarder vers une ville construite sur l'eau.
Venise.
Une ville de marchands.
De navires.
De marchandises venues de loin.
Et surtout une ville tournée vers cette Méditerranée qui, bien avant de séparer les mondes, les mettait en relation.
Un jour, parmi les épices, les étoffes et les autres marchandises venues d'Orient, circulèrent également de petits grains sombres.
Le café arrivait.
Et l'Europe allait progressivement apprendre à le boire.
Avant Venise, il y eut le Yémen
L'histoire ne commence évidemment pas sur la Piazza San Marco.
Le caféier Arabica trouve ses origines naturelles en Afrique de l'Est, notamment dans la région correspondant aujourd'hui à l'Éthiopie.
Mais les premières preuves historiques solides d'une véritable culture de la boisson nous conduisent au Yémen au XVe siècle.
Le café y est notamment associé aux communautés soufies.
Puis il voyage.
La péninsule Arabique.
La mer Rouge.
Le Caire.
Le Levant.
L'Empire ottoman.
Istanbul.
Des lieux où les cafés deviennent progressivement des espaces de rencontre et de sociabilité.
Le British Museum rappelle que le café se diffuse depuis le Yémen par les routes commerciales et de pèlerinage, avant d'atteindre notamment la capitale ottomane au début du XVIe siècle.
Découvrir la Story — Moka, le port qui donna son nom au café →
Puis apparaît Venise
Regardez une carte.
La position de Venise explique déjà une partie de l'histoire.
Pendant des siècles, la République de Venise entretient d'importantes relations commerciales avec le monde méditerranéen oriental.
Les recherches de l'Université Ca' Foscari documentent notamment la présence de marchands ottomans à Venise aux XVIe et XVIIe siècles ainsi que l'existence de véritables réseaux commerciaux entre les deux mondes.
Le café n'arrive donc pas dans une Europe isolée de l'Orient.
Il emprunte des relations qui existent déjà.
Des hommes négocient.
Des bateaux traversent la Méditerranée.
Des marchandises changent de mains.
Des mots voyagent avec elles.
Et quelque part dans cette circulation se trouve désormais le café.
1624
Une recherche menée à l'Université Ca' Foscari à partir notamment de documents conservés aux Archives d'État de Venise relève une date particulièrement intéressante :
1624.
Cette année-là aurait vu arriver à Venise un important chargement de café.
Le café était déjà connu auparavant en Europe par des voyageurs, médecins, botanistes et commerçants.
Il serait donc trompeur d'écrire :
« Le café arrive en Europe en 1624. »
L'histoire est plus progressive que cela.
Mais Venise devient l'un des endroits où le café commence à passer de curiosité venue de loin à véritable marchandise commerciale.
Et cette différence est essentielle.
Un voyageur peut rapporter quelques grains.
Un port peut changer l'échelle de leur histoire.
D'abord, une étrangeté
Imaginez maintenant le premier regard d'un Vénitien sur cette boisson.
Noire.
Amère.
Venue de régions qu'une grande partie de la population ne verra jamais.
Elle ne ressemble pas au vin.
Elle ne ressemble pas à la bière.
Elle arrive accompagnée d'histoires venues d'ailleurs.
Comme beaucoup de produits nouveaux, le café suscite curiosité, discours médicaux, enthousiasme et méfiance.
Avant de devenir quotidien, il est étranger.
Et c'est précisément ce qui le rend fascinant.
Le café possède alors quelque chose que le luxe connaît bien :
la distance.
Une matière venue de loin.
Une origine que l'on raconte.
Une préparation inhabituelle.
Une expérience que tout le monde ne connaît pas encore.
De marchandise à lieu
Puis quelque chose de beaucoup plus important se produit.
Le café cesse progressivement de désigner uniquement ce que l'on boit.
Il commence également à désigner l'endroit où l'on se retrouve pour le boire.
Les botteghe da caffè apparaissent.
Sur la date exacte des premiers établissements vénitiens, les sources historiques ne sont pas parfaitement uniformes.
Le British Museum situe l'ouverture d'un coffeehouse à Venise dès 1640.
Un travail universitaire de Ca' Foscari, fondé notamment sur les archives de la République de Venise, retient quant à lui 1683 pour l'établissement du premier véritable Caffè vénitien.
Plutôt que de choisir artificiellement une date définitive, retenons ce que les sources établissent clairement :
au XVIIe siècle, la culture des cafés s'installe à Venise.
Et elle va prendre une ampleur considérable.
Une tasse devient une adresse
C'est peut-être l'une des transformations les plus extraordinaires de toute l'histoire du café.
Au commencement :
un grain.
Puis :
une boisson.
Puis :
un établissement.
Et enfin :
une manière de vivre la ville.
On ne vient plus uniquement chercher du café.
On vient rencontrer quelqu'un.
Regarder.
Parler.
Apprendre une nouvelle.
Faire des affaires.
Séduire.
Être vu.
Attendre.
Venise ne découvre donc pas seulement une nouvelle boisson.
Elle découvre tout ce qui peut se passer autour d'elle.
29 décembre 1720
Puis arrive une date que nous connaissons précisément.
29 décembre 1720.
Sur la Piazza San Marco, Floriano Francesconi ouvre un établissement nommé :
Alla Venezia Trionfante.
Les Vénitiens vont rapidement lui donner un nom beaucoup plus simple.
Celui de son propriétaire.
Florian.
Le Caffè Florian existe toujours aujourd'hui.
Sa propre documentation historique confirme son ouverture le 29 décembre 1720 et rappelle que ses salles ont vu passer, au fil des siècles, nobles, ambassadeurs, marchands, écrivains, artistes et habitants de Venise.
Plus de trois siècles après son ouverture, on peut encore y boire un café.
Caffè Florian — Histoire officielle
Le café devient un salon de la ville
Le Florian permet de comprendre quelque chose qui dépasse largement cet établissement.
Le café européen devient progressivement un espace social.
On s'assoit.
On lit.
On observe.
On échange.
Les nouvelles circulent.
Les idées également.
Cette évolution n'est d'ailleurs pas exclusivement vénitienne.
À Londres, Paris, Vienne et ailleurs, les coffeehouses vont prendre des formes différentes.
Mais une constante apparaît.
La tasse donne une raison de rester.
Et lorsque les gens restent suffisamment longtemps au même endroit...
des histoires commencent.
Venise n'a pas inventé le café
Il serait tentant de raconter cette histoire comme une conquête européenne.
Ce serait une erreur.
Venise n'a inventé ni le caféier, ni la boisson, ni les premiers lieux de sociabilité construits autour du café.
Lorsque les Vénitiens commencent à le boire, une culture du café existe déjà depuis longtemps dans le monde arabe et ottoman.
Les coffeehouses étaient déjà devenus des lieux de rencontre dans différentes villes du monde islamique.
Le rôle de Venise est différent.
Elle devient l'une des passerelles.
Un endroit où une pratique venue d'ailleurs rencontre une nouvelle société.
Et commence à changer avec elle.
La Méditerranée n'était pas une frontière
C'est peut-être la partie de cette histoire qui nous intéresse le plus chez Maison ISMI.
Lorsque nous regardons aujourd'hui une carte, nous voyons souvent des pays.
Des frontières.
Des continents.
Au XVIIe siècle, un marchand regardait également les routes.
Les ports.
Les vents.
Les marchés.
Les escales.
Venise commerçait avec le monde ottoman.
Des marchands ottomans travaillaient à Venise.
Des produits venus d'Orient entraient dans les maisons européennes.
Des produits européens repartaient dans l'autre direction.
La Méditerranée n'était pas seulement ce qui séparait deux rives.
Elle était aussi ce qui permettait de passer de l'une à l'autre.
Une tasse peut contenir un voyage
Prenez aujourd'hui un café.
Posez la tasse devant vous.
Le geste semble simple.
Mais son histoire ne l'est pas.
Quelque part derrière cette tasse se trouvent :
les hauts plateaux d'Afrique de l'Est,
le Yémen,
Moka,
la mer Rouge,
les routes ottomanes,
des marchands,
des ports,
des navires,
Venise,
puis d'autres villes européennes.
Le café n'est jamais resté immobile.
Il voyage.
Puis chaque endroit qu'il traverse lui ajoute quelque chose.
Une préparation.
Une tasse.
Un lieu.
Une habitude.
Un mot.
Une histoire.
De Moka à Venise
C'est pour cette raison que cette Story vient naturellement après celle consacrée au port de Moka.
À Moka, nous avons regardé le café partir.
À Venise, nous pouvons commencer à le regarder arriver.
Entre les deux :
la mer.
Mais surtout des hommes capables de la traverser.
Le café raconte alors quelque chose de beaucoup plus grand que lui.
Les cultures ne se rencontrent pas uniquement dans les livres d'histoire.
Elles se rencontrent aussi dans les objets que l'on échange.
Dans les aliments que l'on adopte.
Dans les mots que l'on emprunte.
Et parfois...
dans ce que l'on verse dans une tasse.
Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI
Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.
Floral.
Fruité.
Chocolaté.
Intense.
Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.
Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.
Venise nous rappelle quelque chose d'essentiel :
une tasse peut appartenir à plusieurs mondes.
Le café peut naître quelque part.
Être transformé ailleurs.
Voyager.
Traverser une mer.
Puis entrer dans une nouvelle culture sans effacer celle qui l'a précédée.
Comprendre cela change légèrement la manière dont on regarde sa tasse.
Et peut-être même la manière dont on la partage.
C'est précisément la raison d'être des Stories de Maison ISMI :
raconter ce qui existe derrière la tasse.
Entre deux rives
Il existe des histoires que l'on choisit pour une marque.
Et d'autres qui semblent avoir été là avant elle.
Chez Maison ISMI, nous parlons souvent de deux rives.
Venise nous rappelle que les rives ne sont pas uniquement les extrémités d'une distance.
Elles peuvent être les deux points d'un voyage.
Entre elles circulent des hommes.
Des marchandises.
Des idées.
Des gestes.
Et depuis plusieurs siècles...
du café.
Maison ISMI
Entre deux rives, une même histoire à partager.
Lire — Moka : le port qui donna son nom au café →
Lire — Là où tout a commencé : aux origines du café →
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Sources
- British Museum — Life in a cup: coffee culture in the Islamic world
- British Museum — Coffeehouses in Europe
- Università Ca' Foscari Venezia — Commerce et consommation du café dans la République de Venise
- Università Ca' Foscari Venezia — Ottoman Merchants and Venetian Notaries
- Caffè Florian — Histoire officielle
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