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Café interdit à La Mecque — L’affaire de 1511
En 1511, le café fut interdit à La Mecque. Découvrez pourquoi cette boisson nouvelle provoqua l’une des premières grandes controverses de son histoire.
Publié le · Mis à jour le

Café interdit à La Mecque — L'affaire de 1511
La Mecque, 1511.
Le café est encore une boisson relativement nouvelle.
Il vient du Yémen.
Il voyage avec les marchands.
Avec les pèlerins.
Avec les hommes qui traversent la péninsule Arabique.
Et partout où il arrive, quelque chose semble se produire.
Les gens ne se contentent pas de le boire.
Ils restent.
Ils discutent.
Ils se réunissent.
Ils prolongent la soirée.
Et en 1511, à La Mecque, cette nouvelle habitude va provoquer l'une des premières grandes controverses connues de l'histoire du café.
Au point que les autorités locales vont tenter de l'interdire.
Mais derrière cette interdiction se cache une histoire beaucoup plus complexe que celle que l'on raconte parfois aujourd'hui.
Avant l'interdiction, il y eut le Yémen
Le café n'est pas né à La Mecque.
Le caféier Arabica trouve ses origines naturelles en Afrique de l'Est, notamment dans la région correspondant aujourd'hui à l'Éthiopie.
Mais l'histoire documentée du café comme boisson nous conduit ensuite vers le Yémen.
Au XVe siècle, sa consommation y est notamment associée à des communautés soufies.
La boisson présente un avantage évident.
Elle aide à rester éveillé.
Puis le café commence à voyager.
Les routes commerciales et les routes du pèlerinage participent à sa diffusion.
Il atteint progressivement différentes régions de la péninsule Arabique.
Puis La Mecque.
Lire — Là où tout a commencé : aux origines du café →
Une boisson nouvelle dans une ville extraordinaire
Pour comprendre ce qui va suivre, il faut comprendre La Mecque.
Au début du XVIe siècle, la ville se trouve sous influence mamelouke.
Mais surtout, elle est déjà l'un des grands lieux de rencontre du monde musulman.
Chaque année, le pèlerinage y conduit des hommes et des femmes venus de régions extrêmement différentes.
Des marchandises circulent.
Des informations également.
Des habitudes voyagent avec les personnes.
Le café trouve donc ici un environnement particulièrement favorable à sa diffusion.
Une tasse peut passer d'un voyageur à un autre.
Une manière de préparer le café peut voyager ensuite vers une autre ville.
Le pèlerinage transporte aussi des cultures.
Puis vient 1511
Cette année-là, une controverse éclate autour du café à La Mecque.
L'épisode est généralement associé au gouverneur de la ville, Khayr Beg — dont le nom connaît plusieurs translittérations selon les sources.
Le café et les rassemblements liés à sa consommation attirent l'attention des autorités.
Une question apparaît :
cette nouvelle boisson est-elle acceptable ?
Aujourd'hui, la question peut sembler étrange.
Mais il faut oublier quelques secondes ce que nous savons du café.
En 1511, personne ne peut simplement regarder plusieurs siècles de consommation mondiale pour répondre.
La boisson est encore nouvelle dans de nombreuses régions.
Ses effets stimulants interrogent.
Ses usages également.
Était-ce vraiment une question religieuse ?
Oui.
Mais pas uniquement.
C'est ici que les versions modernes de cette histoire deviennent parfois trop simples.
On lit souvent :
« Le café fut interdit parce qu'il était considéré comme une boisson interdite par l'islam. »
L'histoire est plus compliquée.
Des débats juridiques et religieux existent effectivement autour de la nouvelle boisson.
Les autorités et savants doivent déterminer sa nature et ses effets.
Mais le problème concerne également les lieux et les comportements qui apparaissent autour du café.
Le British Museum résume parfaitement cette dimension historique :
les cafés deviennent des lieux où des personnes de milieux différents peuvent se rencontrer.
Et ces rassemblements vont régulièrement inquiéter les autorités.
Les interdictions ultérieures du café ou des coffeehouses seront ainsi justifiées selon les lieux et les périodes par différentes préoccupations :
la santé,
les mœurs,
l'ordre public,
et parfois la crainte des conversations qui s'y déroulent.
Le problème n'était peut-être pas seulement dans la tasse
Voilà probablement la partie la plus fascinante de cette histoire.
Une tasse de café est petite.
Quelques centilitres.
Mais mettez plusieurs personnes autour...
et quelque chose change.
On parle.
On échange des nouvelles.
On raconte.
On critique.
On débat.
On reste éveillé plus longtemps.
Le café devient alors plus qu'une boisson.
Il devient un prétexte à la réunion.
Et dans de nombreuses sociétés, les endroits où les personnes se réunissent librement finissent tôt ou tard par attirer l'attention du pouvoir.
L'histoire du café ne sera pas différente.
Une interdiction qui ne va pas arrêter le café
L'épisode de La Mecque ne signe évidemment pas la disparition du café.
Au contraire.
Les débats se poursuivent.
Les autorités religieuses et politiques ne partagent pas toutes la même position.
Les interdictions sont contestées, réexaminées ou levées.
Et surtout :
les gens continuent à aimer le café.
La boisson poursuit son voyage.
La Mecque.
Le Caire.
Levant.
Istanbul.
Puis progressivement l'Europe.
Le British Museum souligne que malgré les différents décrets qui tenteront, au fil de l'histoire, de limiter le café ou les cafés, l'attachement à la boisson finit par l'emporter.
Pourquoi voulait-on interdire les cafés ?
Quelques décennies plus tard, la question va devenir encore plus intéressante.
Parce que le véritable phénomène n'est bientôt plus seulement le café.
Ce sont les coffeehouses.
Les maisons de café.
Des endroits spécifiquement consacrés à la consommation de cette boisson.
À Istanbul notamment, ces établissements deviennent d'importants lieux de sociabilité.
On y échange des informations.
On joue.
On raconte des histoires.
On discute.
On rencontre des personnes appartenant à différents milieux.
Le café commence alors à créer quelque chose qui nous paraît aujourd'hui parfaitement normal :
un espace social situé entre la maison et la rue.
Une histoire qui va se répéter
La Mecque n'est d'ailleurs que le début.
Au cours des siècles suivants, les autorités de plusieurs régions vont tenter de contrôler ou d'interdire les cafés.
Les raisons ne seront pas toujours identiques.
Et il faut se méfier des listes sensationnalistes qui mélangent des événements séparés de plusieurs siècles comme s'ils appartenaient à une seule grande « guerre contre le café ».
Mais une constante apparaît.
Partout où le café devient populaire...
les gens se réunissent autour de lui.
Et partout où les gens se réunissent...
des idées circulent.
Le paradoxe du café
Voilà peut-être le paradoxe.
Le café n'est pas une boisson spectaculaire.
Il ne fait pas beaucoup de bruit.
Il tient dans une petite tasse.
Pourtant, son histoire traverse :
des ports,
des empires,
des religions,
des commerces,
des maisons,
des palais,
des rues,
des cafés,
des révolutions intellectuelles.
Non parce que le café possède un pouvoir mystérieux.
Mais parce qu'il possède une qualité extrêmement simple :
il donne une raison de s'asseoir ensemble.
De La Mecque à Istanbul
Lorsque le café poursuivra son voyage vers l'Empire ottoman, cette dimension sociale prendra une ampleur considérable.
Les cafés d'Istanbul deviendront des lieux où l'on échange des informations, joue, raconte des histoires et discute.
Cette sociabilité sera suffisamment importante pour que les autorités s'en préoccupent elles aussi à différentes périodes.
Le café ne voyage donc pas seul.
Avec lui voyage progressivement une idée :
celle d'un lieu construit autour d'une tasse.
Une idée qui atteindra ensuite Venise.
Londres.
Paris.
Vienne.
Et bien d'autres villes.
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Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI
Chez Maison ISMI, nous ne voulons pas réduire un café à une simple succession de notes aromatiques.
Floral.
Fruité.
Chocolaté.
Intense.
Ces mots sont utiles pour comprendre une tasse.
Mais derrière une origine existent également une terre, des gestes, des traditions et une histoire.
L'affaire de La Mecque en 1511 nous rappelle quelque chose d'essentiel.
Le café n'a jamais été uniquement une boisson.
Très tôt, ce qui se passe autour de lui devient presque aussi important que ce qui se trouve dans la tasse.
Les gens se rencontrent.
Ils parlent.
Ils restent.
Ils transmettent des nouvelles.
Ils créent des habitudes.
Comprendre cela change légèrement la manière dont on regarde son café.
Et peut-être même la manière dont on le partage.
C'est précisément la raison d'être des Stories de Maison ISMI :
raconter ce qui existe derrière la tasse.
Ce que l'on voulait peut-être contrôler
Cinq siècles plus tard, le café est devenu tellement ordinaire qu'il est difficile d'imaginer qu'il ait pu inquiéter.
Pourtant, l'histoire de 1511 nous laisse avec une question fascinante.
Qu'est-ce qui dérangeait réellement ?
La boisson ?
Ses effets ?
Les habitudes nouvelles ?
Les rassemblements ?
Probablement plusieurs de ces éléments à la fois selon les acteurs impliqués.
Et c'est justement pourquoi cette histoire mérite mieux qu'une légende simplifiée.
Car derrière l'interdiction d'une boisson se dessinait déjà quelque chose qui allait accompagner le café pendant des siècles :
la conversation.
Une tasse.
Quelques personnes.
Une table.
Et suffisamment de temps pour parler.
Parfois, il n'en faut pas davantage pour inquiéter ceux qui regardent.
Le café passe. Les conversations restent.
Maison ISMI
Entre deux rives, une même histoire à partager.
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