Café de spécialité · Expédition généralement sous 48 h ouvrées
Stories · 8 min de lecture
Vietnam — Le café que personne n’avait prévu
Introduit à l’époque coloniale, le café est devenu un rituel vietnamien. Découvrez l’histoire du cà phê sữa đá et du café aux œufs.
Publié le

Vietnam — Le café que personne n'avait prévu
Il existe un pays où l'on boit du café avec du lait concentré sucré.
Un pays où le café peut être servi sur des glaçons.
Un pays où certains le préparent avec une crème aux œufs.
Et où une simple tasse peut accompagner des heures de conversation sur un petit tabouret, au bord d'une rue.
Ce pays, c'est le Vietnam.
Aujourd'hui, il fait partie des plus grands producteurs de café au monde.
Pourtant, le caféier n'est pas originaire de ses terres.
Il y a été introduit pendant la période coloniale.
Et c'est précisément ce qui rend cette histoire extraordinaire.
Car les Vietnamiens n'ont pas simplement adopté le café.
Ils en ont fait quelque chose qui leur appartient.
Une plante venue d'ailleurs
Au XIXe siècle, la France étend progressivement son contrôle colonial sur les territoires qui formeront l'Indochine française.
Le café fait partie des cultures introduites et développées dans ce contexte.
Les premières introductions de caféiers au Vietnam sont généralement situées au milieu du XIXe siècle.
Puis la culture se développe progressivement.
Les hauts plateaux du centre du pays offrent des conditions favorables.
Des plantations apparaissent.
Le café entre dans l'économie coloniale.
Mais à cette époque, rien ne permet encore d'imaginer la place qu'il prendra un jour dans la vie vietnamienne.
Car importer une plante ne signifie pas importer durablement une culture.
Pour qu'une boisson devienne une tradition, il faut qu'une population se l'approprie.
Et c'est exactement ce qui va se produire.
Le café change de langue
En français, on dit café.
En vietnamien, on dit cà phê.
Le mot lui-même témoigne de cette rencontre historique.
Mais le café vietnamien ne devient pas simplement une reproduction du café français.
Il développe ses propres usages.
Ses propres goûts.
Ses propres gestes.
Et progressivement, ses propres objets.
Parmi eux, un petit instrument métallique va devenir emblématique.
Le phin.
Le phin : quelques grammes de métal et beaucoup de patience
Le phin est un filtre individuel.
Il se place directement au-dessus d'une tasse.
On y dépose du café moulu.
On ajoute de l'eau chaude.
Puis on attend.
Le café traverse lentement le filtre.
Goutte après goutte.
Il n'y a pas de machine imposante.
Pas de pression mécanique comparable à celle d'un espresso.
Pas de spectacle.
Seulement une extraction lente.
Et une tasse qui se remplit.
Au Vietnam, préparer un café peut commencer par accepter de l'attendre.
Cette lenteur fait partie du charme de la méthode.
Elle donne également au café une place particulière dans la conversation.
Pendant que le liquide s'écoule, le temps continue.
On regarde la rue.
On parle.
On observe.
On reste.
Pourquoi le café vietnamien est-il si intense ?
Le Vietnam est aujourd'hui particulièrement connu pour sa production de Robusta.
Cette espèce de caféier, Coffea canephora, possède des caractéristiques différentes de celles de l'Arabica.
Elle présente généralement une teneur en caféine plus élevée.
Son profil peut être plus corsé, plus amer et moins acidulé, selon la variété, la culture et la torréfaction.
Mais réduire le café vietnamien à un café puissant serait une erreur.
Le Vietnam possède aussi des productions d'Arabica.
Et les pratiques de préparation sont beaucoup plus diverses que ce que son image internationale laisse parfois imaginer.
Le Robusta occupe néanmoins une place centrale dans son histoire économique contemporaine.
Une histoire qui va prendre une ampleur considérable à la fin du XXe siècle.
Le lait concentré : une nouvelle manière de boire
Voici maintenant l'une des préparations les plus célèbres du Vietnam.
Le cà phê sữa đá.
Un café préparé avec du lait concentré sucré, servi sur des glaçons.
Le résultat est intense.
Doux.
Sucré.
Frais.
Le contraste entre le café et le lait concentré est devenu l'une des signatures gustatives du pays.
L'usage du lait concentré est généralement associé à l'histoire de la disponibilité et de la conservation des produits laitiers pendant la période coloniale.
Mais il serait trop simple d'affirmer qu'une seule pénurie a créé toute la tradition.
Les pratiques alimentaires évoluent rarement pour une seule raison.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que les Vietnamiens ont transformé cette association en une préparation profondément identifiable.
Une boisson née de plusieurs influences peut finir par appartenir pleinement à une culture.
Hanoï : quand quelqu'un eut l'idée de mettre de l'œuf dans le café
L'histoire devient encore plus surprenante à Hanoï.
Le cà phê trứng.
Le café aux œufs.
Dans sa forme aujourd'hui la plus connue, un café intense est surmonté d'une crème réalisée notamment avec du jaune d'œuf et du lait concentré sucré.
La texture évoque presque un dessert.
Le café reste présent.
Mais il rencontre une préparation douce et mousseuse.
Cette spécialité est généralement associée à Nguyễn Văn Giảng, qui aurait développé sa recette à Hanoï dans les années 1940.
Le récit familial du Café Giảng situe sa création en 1946, dans un contexte de pénurie de lait.
Il faut distinguer cette tradition rapportée par l'établissement d'une démonstration historique indépendante de chaque détail.
Mais l'héritage culinaire, lui, est bien réel.
Aujourd'hui, le café aux œufs est devenu l'une des préparations les plus connues de Hanoï.
Et l'idée demeure fascinante.
Là où certains voyaient un manque, quelqu'un a imaginé une nouvelle texture.
Puis le Vietnam devient un géant mondial
Pendant longtemps, la production vietnamienne reste relativement modeste à l'échelle mondiale.
Puis survient un changement majeur.
En 1986, le Vietnam engage les réformes économiques connues sous le nom de Đổi Mới.
L'agriculture et les échanges commerciaux se transforment progressivement.
La production de café augmente fortement au cours des décennies suivantes.
Les hauts plateaux du centre deviennent un espace majeur de production.
La région de Đắk Lắk, notamment autour de Buôn Ma Thuột, acquiert une importance considérable.
Le Vietnam devient l'un des principaux exportateurs mondiaux de café.
Et l'un des plus grands producteurs de Robusta.
Cette croissance transforme des territoires, des exploitations et des économies locales.
Mais elle pose aussi des questions.
Derrière la réussite, une autre réalité
Une production qui augmente aussi rapidement ne transforme pas uniquement les statistiques commerciales.
Elle transforme les paysages.
Les besoins en eau.
L'utilisation des terres.
Les équilibres économiques.
Les conditions de travail.
Et les relations entre producteurs, négociants et marchés internationaux.
L'expansion du café dans les hauts plateaux vietnamiens s'inscrit également dans une histoire complexe de migrations internes et de transformations foncières affectant les populations locales, notamment certaines communautés autochtones.
Raconter la réussite économique du café vietnamien sans évoquer ces dimensions reviendrait à ne regarder qu'une partie du tableau.
Le café a créé des revenus et des opportunités.
Mais son développement a également soulevé des enjeux environnementaux et sociaux.
Une grande réussite commerciale n'est jamais, à elle seule, une histoire complète.
Le pays n'a pas seulement appris à produire
C'est peut-être ce qui distingue le plus le Vietnam.
Il n'est pas simplement devenu un grand fournisseur de café pour le reste du monde.
Il a développé une culture de consommation immédiatement reconnaissable.
Le phin.
Le lait concentré.
Le café glacé.
Le café aux œufs.
Les petites tables.
Les tabourets bas.
Les établissements ouverts sur la rue.
Les conversations qui s'étirent.
Il existe évidemment plusieurs manières de boire le café au Vietnam.
Toutes les villes, toutes les familles et toutes les générations ne suivent pas un rituel unique.
Mais cette diversité participe précisément à sa richesse.
Le café n'est plus seulement une marchandise introduite de l'extérieur.
Il fait désormais partie de la vie quotidienne vietnamienne.
Peut-on s'approprier une histoire venue d'ailleurs ?
C'est la question que pose le Vietnam.
Le café n'y est pas né.
Il y a été introduit dans un contexte colonial.
Pourtant, aujourd'hui, certaines de ses préparations sont immédiatement associées au pays.
Ce paradoxe n'en est peut-être pas un.
Les cultures évoluent.
Elles rencontrent des objets.
Des ingrédients.
Des techniques.
Puis elles les transforment.
L'origine d'une plante et l'origine d'une tradition ne sont pas nécessairement identiques.
L'Arabica possède ses racines botaniques en Afrique orientale.
La culture historique de la boisson s'est notamment développée au Yémen.
D'autres sociétés ont ensuite créé leurs propres façons de la préparer.
Le Vietnam appartient à cette histoire mondiale.
Mais il y a écrit un chapitre qui ne ressemble à aucun autre.
Pourquoi cette histoire compte pour Maison ISMI
Chez Maison ISMI, nous aimons raconter les rencontres entre les cultures.
Mais nous savons aussi qu'une rencontre n'est pas toujours née dans des circonstances heureuses.
L'histoire du café vietnamien commence notamment dans un contexte colonial.
Elle se poursuit avec une appropriation culturelle, des transformations économiques et une créativité culinaire remarquable.
Elle contient plusieurs réalités.
Et c'est ce qui la rend intéressante.
Le Vietnam nous rappelle qu'une tradition ne se résume pas à l'endroit d'où vient un produit.
Elle existe aussi dans la manière dont les hommes et les femmes choisissent de le préparer.
De le partager.
De le transformer.
Et de lui donner une place dans leur quotidien.
Le café est arrivé au Vietnam comme une plante venue d'ailleurs.
Il en est devenu l'une des expressions culturelles les plus reconnaissables.
Une petite tasse, une grande histoire
À Hanoï, quelqu'un dépose aujourd'hui un phin sur une tasse.
L'eau chaude traverse lentement le café.
Quelques gouttes tombent.
Puis d'autres.
Autour, la ville continue de vivre.
Les scooters passent.
Les conversations se croisent.
Les tables se remplissent.
Peut-être qu'un peu de lait concentré attend déjà au fond du verre.
Peut-être que le café sera servi sur des glaçons.
Peut-être qu'une crème aux œufs viendra le recouvrir.
Peu importe.
Ce geste raconte quelque chose de plus grand que lui.
Une plante venue d'ailleurs.
Une histoire coloniale.
Une économie transformée.
Des générations de créativité.
Et une culture qui a trouvé sa propre manière de servir le café.
On peut importer un grain.
On ne peut pas importer tout ce qu'un peuple décidera d'en faire.
Maison ISMI
Entre deux rives, une même histoire à partager.
Passer à la pratique
Découvrez les cafés sélectionnés par la Maison.
Sélection rigoureuse
Chaque lot choisi avec soin
Expédition maîtrisée
Généralement sous 48 h ouvrées
Conseil de la Maison
Choix du café et de la mouture
Paiement protégé
Traité par Stripe



